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Chronique du concert du Café de la danse Froggy’s Delight


Voir Michèle Bernard sur scène est toujours roboratif. Il y a bien sûr ses chansons dont la poésie, la musicalité et l’humanité nous prennent chaleureusement la main mais il y aussi l’énergie que cette interprète déploie sans compter et que sa voix cristalline transporte jusqu’à nous, aujourd’hui comme il y a trente ans lorsque l’auteur de ces lignes la vit pour la première fois au TLP Déjazet.

Les lundi 17 et mardi 18 octobre 2016, Michèle Bernard se produisait au Café de la Danse, pas loin de la rue de Lappe à Paris, pour deux concerts de lancement de son nouveau disque, Tout’ Manières. Nous avons assisté au second de ces concerts. Les 250 places assises de la salle étaient occupées, ce qui est tout à fait réjouissant pour une artiste dont on entend malheureusement trop peu parler, alors qu’elle a une activité chansonnière impressionnante (une vingtaine d’albums) depuis 40 ans. Autre sujet de satisfaction : on pouvait apercevoir dans la salle, au milieu de ceux que nous devinions être des amateurs de la première heure, des grappes de nouveaux convertis, dont la présence démontrait, une fois de plus, et quoi qu’on en dise, le profond besoin de poésie chez l’homo sapiens.

Pour l’occasion, Michèle Bernard avait fait les choses comme il faut puisqu’un orchestre de six musiciens l’accompagnait, un luxe offert au public par une artiste qui n’a pourtant pas la possibilité de jouer tous les soirs dans un des Zéniths de France. Je crois pouvoir dire que la salle a particulièrement apprécié cette attention.

Si la chanteuse ne s’est pas abstenue d’interpréter quelques-uns de ses grands standards comme "Maria Szusanna" ou "Je t’aime", chaussant ou déchaussant son fidèle accordéon au gré des partitions, ce sont surtout les chansons de son dernier album qui ont donc été mises en avant. Les thèmes qui y sont traités n’étonneront pas les connaisseurs de l’artiste piraillonne. On a ainsi retrouvé des portraits, comme celui de cette fille de salle de "Quand j’passe la serpillère" qui s’interroge sur la (méta-) physique et qui pourrait bien être copine avec une certaine dame pipi de la rue des quatre perdrix, ou celui d’"Yvette", une vieille dame qui aspire à ce que les gens et les choses restent à portée de conversations et de visites comme quand on avait un peu de temps, avant notre époque de gain de productivité et de télé-vie imposée par l’informatisation omniprésente (phénomène auquel il est également fait allusion dans "Je clique").

La chanson "Peppone et Don Camillo" évoque, quant à elle, la disparition par manque d’entretien de ces petites salles, paroissiales ou municipales, nécessaires notamment à l’expression de la chanson française... L’artiste parle ici d’expérience, tant depuis plusieurs décennies elle a déroulé sa vie sur des routes grises pour les atteindre. Pas mal de mélancolie comme on voit, aussi avec l’évocation des "P’tites boîtes" de Graeme Allwright. Du lyrisme également avec "La Rivière", une très belle chanson sur la beauté du monde, ainsi qu’annoncé par son sous-titre. Revoilà la métaphysique : notre univers a-t-il autant de charme sans un regard pour l’apprécier ?

Mais la chanson de Michèle Bernard ne se coupe pas non plus de la dure réalité du monde contemporain. A cet égard, on notera par exemple ce "Savon d’Alep" évoquant les meurtrissures actuelles de la Syrie. En invitée surprise le temps de deux refrains, Anne Sylvestre a rejoint Michèle Bernard (on les savait amies toutes les deux) pour chanter "Madame Anne", une chanson-hommage de la seconde à la première. A tout seigneur tout honneur, finissons avec la chanson qui a donné son titre à l’album, peut-être justement parce que c’est une chanson à portée universelle. Il s’agit encore d’une chanson profonde malgré son déguisement musical en chanson entraînante, une habitude chez cette auteure. Une vraie belle chanson, au caractère pessimiste combatif comme seuls les véritables optimistes peuvent chanter : "Demain on s’ra vieux, demain on s’ra morts, serrons-nous plus forts".

Cyrille Gallais, en lever de rideau, avec quatre titres extraits de son récent album, Le Dessein, puis Elsa Gelly, en vedette américaine, avec un long extrait de son spectacle à voix nue (des reprises sous forme de chansons-sketchs) avaient ouvert l’appétit de la salle dans une agréable et très fournie première partie.

On se réjouit d’avoir pu passer une soirée en compagnie de Michèle Bernard et ses invités. Que ceux qui n’ont pas pu y être se consolent en écoutant son disque qui démontre, s’il en était besoin, la place centrale de cette artiste au cœur de l’archipel "chanson française".

Source : http://www.froggydelight.com/article-18152-3-Michele_Bernard_Cyrille_Gallais_Elsa_Gelly.html

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