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Quand vous me rendrez visite


Télérama • 22 au 28 mars 1997

Splendeur ƒƒƒƒ

Photo : Jean-Louis Gonterre

Michèle Bernard vit de chanson, et la fait vivre. Stages, festivals, chorales d’enfants, spectacles musicaux, tournée " pour chanteuse, chœur de femmes et petit orchestre forain "... Côté disques, la Lyonnaise se fait plus souvent silencieuse. Elle publie peu, et lentement. Cela vaut toujours la peine de l’attendre.

Cet album-ci, en particulier, le plus beau qu’elle nous ait donné. Ecriture, mélodies, interprétation, tout sonne accompli. La voix, vibrant d’une ardente légèreté ; le jazz et la java, le tango et la valse, le clin d’œil aux Blues Brothers, les petites cantates ; les mots, qui prennent visages et voyages dans leurs filets lumineux...

La visiteuse vient les mains pleines d’amitié. Pour Les Vieux, les Enfants, pareillement mal aimés ; Pour une môme, jolie môme ; pour un facteur nommé Cheval et un Chaperon rouge qui fait conte buissonnier. Elle effleure une veine bleue où palpitent la colère et la vie, un pyjama boutonné sur des sommeils d’enfance et d’agonie. Elle guette le " clin d’œil d’une étoile ".

Elle fait également résonner d’autres chants que le sien : un traditionnel gallois adapté en français par Gérard Delahaye ; deux poèmes de René-Guy Cadou, Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires et L’Etrange Douceur - ce dernier enchaîné avec des vers de Neruda mêlés à ceux de Michèle Bernard : splendeur de ces Pentes rousses, une partition complexe et captivante, avec chœurs et changements de rythme. Compagnons de ce partage, les musiciens accordent leurs cordes, leurs cuivres, leurs touches et leurs peaux à l’exigence de celle qui les a réunis.

On voudrait nommer chacun - mais vous lirez leurs noms sur la pochette, car s’il est un disque avec lequel commencer ce printemps, c’est celui-ci, ce bonheur crescendo.

Anne-Marie Paquotte

Le Monde de la Musique • juin 1997

Choc
Toujours entre deux créations (Divas blues, Des nuits noires de monde, Lala et le cirque du vent), une chorale d’enfants, une mise en scène, l’éclectique Lyonnaise, par deux fois primée par l’Académie Charles-Cros, en oublie de faire des disques. En voici enfin un, le septième, après Des nuits noires de monde qui remonte à 1992.

On y retrouve la manière qu’elle a de bâtir des chansons philosophiques aux allures de rengaine populaire via des passeurs-auteurs (ici René-Guy Cadou, Neruda). On y retrouve aussi ce style de chant réaliste décalé dont le lyrisme prend sa pleine saveur avec les clairs-obscurs de la boîte à frissons. Cette fois, à l’instrument fétiche se marient piano, violoncelle, flûte, clarinette, vibraphone (arrangements de Jean-Luc Michel), avec un parti pris classique. Pour apprécier ce délicieux et pudique personnage qu’est Michèle Bernard, on sera inspiré de lire le substantiel dossier que lui consacre la dernière livraison du trimestriel Chorus (B. P. 28, 28270 Brézolles ; tél. : 02 37 43 66 60).

Frank Tenaille

Le Monde • 22 mars 1997

Les Gris-Gris de Michèle

" Quand vous me rendrez visite ", nouvel album de la chanteuse lyonnaise

MICHÈLE BERNARD est de retour, avec son univers de mômes mauvaises graines, de piliers de bistrots, de prisonniers mélancoliques, d’amoureux doux. Depuis vingt ans, l’artiste lyonnaise écrit ses textes, compose ses musiques et promène sur scène son accordéon, ses révoltes et ses rêveries.

Des chanteuses réalistes, elle a hérité le goût du populo et du sentiment. Des blues women, elle a retenu la belle voix grave, aérienne, poignante. Des années 70, elle a gardé l’hostilité à la chasse et à la guerre. Dans la France d’aujourd’hui, elle puise ses histoires des " beaux enfants de la misère " : " Petits hommes en trop dans le décor ; même dehors, on nous dit "dehors" " (Rêves réverbères).
Comme le cinéaste Mike Leigh dans Secrets et mensonges, Michèle Bernard trouve les mots justes - et tendres - pour parler des laissés-pour-compte. Elle aime les perdants, les amours bancals : " lu as raté ton train. Ma lettre s’est perdue. Il n’est plus à l’affiche le film qu’on voulait voir. Le chauffe-eau est cassé. Le plafond se décolle. Et mon anniversaire, tu y as pensé trop tard " (Comme par hasard). On croit alors trouver une copine, une frangine. On rencontre un mystère.

Car en écoutant ce nouveau disque, Quand vous me rendrez visite, on sent bien que Michèle Bernard a traversé trop d’expériences pour se laisser définir en quelques adjectifs. Elle est tour à tour enfant émerveillée, vieille conteuse ridée, femme amoureuse, croqueuse cruelle. Mais elle est d’abord poète, auteur de textes superbes. Son écriture est nue, directe, entière, qu’elle ironise sur les grigris antistress de l’homme moderne - "Loto millionnaire ecstasy, Minitel rosé et Kiravi" (Gris-Cris) - ou qu’elle dise la puissance de la vie - " cette veine bleue sur ta tempe qui me fait si peur, petite rivière souterraine qui vient se jeter dans mon cœur" (La Veine bleue). Dans trois des vingt chansons de ce disque, elle interprète les poèmes de René-Guy Cadou, notamment Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires, et de Pablo Neruda.

Du théâtre a la musique

Une voix, une poète, une musicienne : dans ces trois directions, Michèle Bernard n’a sans doute jamais cessé de chercher. Partie du théâtre, elle a cheminé vers la musique. Après des études au Conservatoire d’art dramatique et des créations avec quelques compagnies lyonnaises, elle a commencé ses récitals de chansons et enregistré son premier disque en 1978. Elle a composé des musiques de cinéma et de théâtre. En 1995, elle a joué dans Lala et le cirque du vent, une comédie musicale d’Anne Sylvestre mise en scène par Viviane Théophilidès. Pour son précédent disque, Des nuits noires de monde, elle avait engagé un chœur de femmes et un petit orchestre forain. Dans Quand vous me rendrez visite, elle appelle un deuxième accordéon (Frank Lincio) qui flirte parfois avec les mélopées orientales, un pianiste (Jean-Luc Michel) aux accents jazzy, un chœur mixte d’adultes (dirigé par Elisabeth Ponsot).

Elle partage ses recherches avec tout un réseau de musiciens amateurs ou professionnels, aux Ateliers chanson de Villeurbanne et lors des stages qu’elle organise dans son village près de Lyon. Là, dans une ancienne usine, elle propose des ateliers d’écriture de chansons et d’interprétation. Elle y transmet ses exigences professionnelles et, sans doute aussi, ses pieds de nez de gamine insolente.

Catherine Bédarida

La Provence • 1997

Magique... En toute simplicité

Elle n’a pas appris à chanter dans les salles de musculation. Ses ventes de disques ne subissent aucune "gonflette". Normal : elle n’est pas "commerciale". Seulement géniale.

Avez-vous déjà pensé qu’un pyjama puisse raconter une vie ? Traverser es petites histoires et l’Histoire elle-même ? C’est pourtant ce que nous conte Michèle Bernard à travers ce simple vêtement. "L’enfant qui écoute une histoire, avant d’être seul dans le noir, tortille du bout de ses doigts le pyjama " où "la pudeur (...) coud des boutons qu’une main aimée défera" (...) ou "protégeant ce qui fut un corps, sur le lit d’un camp de la mort, vieille photo de Treblinka, un pyjama..."

L’art de ciseler les mots, d’y accrocher des notes qui résonnent en écho, Michèle Bernard le connaît par cœur. Son dernier album "Quand vous me rendrez visite" est un pur joyau d’intelligence, jubilatoire ou grave, une kyrielle d’images et d’histoires qui collent à la mémoire comme autant de souvenirs intimes. L’écouter, c’est se retrouver tout à coup un sourire aux lèvres. En état de bonheur immédiat. Qu’elle chante "Les Vieux et les Enfants", l’histoire du "Facteur Cheval", ou ces "Temps si durs" qui nous traversent, elle touche juste. Pile à l’âme. Face au cœur. Et quand ses mots se font révolte devant l’absurdité du monde, c’est sous un faux-air tranquille. "Mais où est donc le capitaine du navire ? Les moussaillons boivent le bouillon ça tourne ça vire, personne ne sait plus naviguer, tous nos filets sont emmêlés, et les petits poissons font la gueule ! Les voilà prêts à s’accrocher à l’œil de verre et au délire du premier Capitaine Crochet qui pue la haine et la friture... Y’a pas à dire... Les temps sont durs !".

Soutenus par des musiques où son piano vertical (inséparable accordéon) est omniprésent (mais ça, ce n’est pas une nouveauté, elle l’utilisait bien avant que cet instrument de bateleur ne "redevienne" à la mode), les mots de Michèle Bernard sont ardents, fertiles, étincelants. Comme elle. Deux fois consacrée par le prix "Charles-Cros" (le moins connu mais le plus glorieux de la chanson française), elle signe ici après 20 ans de carrière, un album magique.

Ce C.D.-là devrait être remboursé par la Sécurité Sociale : il soigne si bien le mal de vivre...

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