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L’oiseau noir du champ fauve


La Provence • 17 janvier 2002

Un lumineux hommage à Louise Michel

Photo : Jean-Louis Gonterre

Michèle Bernard nous transporte dans le Paris ouvrier des années 1870 et fait revivre la plus émouvante des révolutionnaires.

Quelques sabots de bois. Une grande roue, une estrade qui deviendra tribune, fît, pour seule toile de fond, comme un ciel aux nuances sanguines, pommelées de cerises éclatées. Un drapeau figé au-dessus d’une scène austère et sobre.

Comme Louise Michel.

Elle accueille pourtant les excès et toutes les intempérances d’une vie peu commune et sans douceur. C’est d’ailleurs ainsi que démarre Michèle Bernard, créatrice de ce spectacle monumental, accompagné par l’Ensemble Vocal Résonance Contemporaine (magique !) et par les Percussions (étonnantes) de Treffort. Pas doux "d’aborder le monde en "bâtarde" - comme l’on disait, à l’époque - avec pour seule chance un bagage culturel et un métier : institutrice. En un ballot de chansons, Michèle Bernard nous jette au cœur cette vie qui ne se réclame d’aucune église mais d’une boussole. Citoyenne du monde, la communarde le fut, même si l’image aujourd’hui, paraît délavée. Car si l’on se souvient toujours de son nom, beaucoup ont oublié son histoire. Son rôle -majeur - dans la révolte et la création de la Commune de Paris. Sa fougue d’ambulancière ou de soldate, fusil en main, capable de sauter une barricade assaillie par la mitraille pour sauver un chaton. Tout cela est esquissé sur scène avec la subtilité si propre à Michèle Bernard. Et entre deux chansons, les sabots de bois se font percussions, échos des travaux manuels de ces ouvriers plus pauvres que des souris d’église...

Et les tambours martèlent, le tocsin funeste des barricades qui tombent les unes après les autres, de Paris à Marseille, de Lyon à Toulouse, de Narbonne à Saint-Etienne pour une "Danse des hombres" que l’on sait finale. Comme entre parenthèses, l’accordéon de Jean-François Baez, le saxophone de Pascale Amiot, les clarinettes de Laurent Vichard soutiennent quelques bribes de poèmes de Victor Hugo. Pourquoi ? Sans doute pour rappeler la passion de Louise Michel pour l’écrivain mais aussi et surtout, pour soutenir l’idée que la poésie traverse la prison, la saleté, la faim, les poux. La barbarie des hommes, Et elles y vont, cœurs mêlés, Michèle Bernard/Louise Michel, Sublimes, en nage, en hargne elles revendiquent - en dépit du peloton d’exécution - ce qui fut un combat. Ah ! Il faut la voir Michèle Bernard, toute droite, haranguer nos mémoires et prêter son corps et sa voix à la "Vierge Rouge" pour défendre ses frères, chair à pavé, chair à travail, chair à patron, chair à trottoir, chair à prison, chair à scalpel pour les savants, chair à fusils pour tous les va-t-en-guerre.

Et chair de poule pour tous les spectateurs muets devant cette force, cette révolte inscrite dans toutes les fibres de sa peau et jusqu’au dernier souffle de son accordéon. Michèle Bernard chantera aussi la déportation vers une Nouvelle Calédonie carcérale que Louise Michel voulait voyage quand "il devient trop étroit de vivre". - Elle le dira, l’amnistie venue, de retour en France pour tenir des conférences révolutionnaires ponctuées d’autant d’emprisonnements. - Jusqu’au cimetière de Levallois, carré 10, où repose Louise entre Léon Zitrone et Mme Soleil. "On a fait des progrès ? lui demande-t-elle, ironique... Avant, de tendrement saluer l’homme qui repose - aussi - non loin d’elle et qui fit battre si fort son cœur. Un certain... Ferré. Poignante, Michèle Bernard l’est de bout en bout. Au point que le rideau tombé, on ne pourra plus jamais lire ou penser à Louise Michel sans associer à son image, ce visage miraculeux que le combat sublime. Michèle Bernard dont le second prénom - dit-elle - est Louise. De Louise Michel à Michèle Louise, il fallait faire tout ce chemin pour sentir cet amour partagé, de la scène à la salle, dans une complétude parfaite pour, un "Temps des cerises" final - charnellement - inoubliable. À l’image de tout le spectacle.

Christine GEORGET

Le Monde • 17 mars 2001

Michèle Bernard chante Louise Michel au théâtre d’Oullins

Hasard du calendrier : c’est samedi 10 mars, à la veille de la performance électorale de Charles Millon, l’artisan des alliances de la droite convenable avec le Front national, que Michèle Bernard a créé L’Oiseau noir du champ fauve, chansons pour Louise Michel, dans ce Théâtre de la Renaissance d’Oullins (Rhône) qui a accueilli les rassemblements d’artistes rhônalpins contre l’extrême droite. "Dans une époque désemparée et désenchantée, expliquait peu avant la chanteuse avec un certain sens de la prémonition, j’ai eu envie de réécouter la petite musique de ce personnage austère et fascinant qui a "jeté son cœur à la Révolution" alors qu’elle se rêvait poète et musicienne."

En une quinzaine de chansons, Michèle Bernard brosse un portrait affectif de la "vierge rouge", militante révolutionnaire de la fin du XIXe siècle, communarde déportée, en 1873, au bagne de Nouvelle-Calédonie, où elle comprend avant bien d’autres la profondeur de la révolte anticolonialiste. On peut compter sur Michèle Bernard, compositrice libre à la façon d’une Giovanna Marini, gourmande de toutes les musiques traditionnelles ou contemporaines, pour composer un portrait polyphonique de l’utopiste. Quand elle s’avance sur scène avec ses mots tendres et cinglants, c’est toute la cohorte des femmes de l’Histoire, jamais résignées, jamais aigries, qui nous tend la main.

Message rebelle

Pour cette œuvre-évocation, elle a composé des musiques pour cuivres et accordéon et pour voix de femmes, chantées par elle-même et par les sept chanteuses du chœur classique Résonance contemporaine. Parallèlement à des disques solo remarqués (Le Kiosque, Diva’s Blues, Voler) Michèle Bernard s’est lancée depuis quelques années dans la composition pour ensembles polyphoniques. Ici, le chœur porte la parole de Louise Michel, à travers ses Mémoires et ses poèmes, tandis que Michèle Bernard chante l’actualité du message rebelle. Hier comme aujourd’hui, " le monde n’est pas doux quand les supermarchés proposent leur marque de piment baptisée cyniquement "Tien An Men".

Les Percussions de Treffort, ensemble professionnel formé de handicapés mentaux, ponctue la ballade des Canaques ou des Communards. Entre leur présence fragile et la belle rondeur des voix de femmes, Michèle Bernard offre un de ces précipités d’émotion qui, comme dans ce Temps des cerises, chanté à plusieurs voix au rappel, nous laisse "au cœur une plaie ouverte".

Catherine Bédarida

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